Y a-t-il pression sur la ressource bois?

En tant qu’architecte, vous avez peut-être déjà été confronté à cette question lors de discussions avec des clients. Pour y répondre scientifiquement, le Département de la Nature et des Forêts procède, depuis près de 13 ans, à un inventaire permanent des ressources forestières de Wallonie. Grâce, entre autres, à celui-ci, l’Office Economique Wallon du Bois a tenté de répondre à cette question lors des 8e Rencontres filière bois en marge du salon Bois & Habitat 2013.

Depuis quelques années, le matériau bois s’est – enfin – affranchi de cette image de solution constructive « exotique et inadaptée à nos besoins ». Mais certains préjugés ont encore la vie dure. Tâchons objectivement de faire le point et vérifions si la filière bois exerce une pression sur la forêt wallonne.

Inventaire des ressources

La ressource forestière wallonne a été inventoriée de manière complète et détaillée. La mesure de 10.000 unités d’échantillonnage est un travail colossal qui consiste à récolter, sur chaque unité, 320 données concernant une centaine de variables. Il est réalisé complètement au terme de 10 années ! « Nous disposons à présent d’une vue statique de la ressource », explique Emmanuel Defays, Directeur général et responsable stratégie et prospective de l’OEWB. « L’objectif est d’obtenir une vue dynamique à la lumière d’un deuxième cycle de 10 ans (amorcé depuis 3 ans) qui fera apparaître les évolutions».

Ressource, récolte et approvisionnement

Pour bien comprendre les enjeux, il convient de distinguer trois notions clés, à savoir la ressource (la forêt), la récolte (le prélèvement annuel) et l’approvisionnement (la manière dont est distribuée la récolte). Si la nature de la ressource conditionne la récolte et l’approvisionnement, l’inverse est tout aussi vrai. « Ces trois notions se caractérisent par une grande interactivité. On peut affirmer que la ressource est stable si la récolte équivaut à l’accroissement biologique et est régulièrement répartie en termes d’essences, d’âges, de dimensions, de qualités, … », poursuit l’orateur.

Feuillus et résineux

D’un point de vue commercial, la situation des feuillus et des résineux est cependant diamétralement opposée. Pour les premiers, la ressource est largement suffisante, mais le marché est très limité, alors que pour les seconds, c’est l’inverse. A titre d’illustration, en résineux, le prélèvement représente 123% de l’accroissement, avec une nette différence entre la forêt publique (111%) et la forêt privée (134%). Ce taux est encore un peu plus élevé pour l’épicéa, l’essence résineuse la plus abondante. En feuillus, par contre, le taux de prélèvement n’est que de 68% (76% en forêt publique et 56% en forêt privée).

Créer un maximum de valeur ajoutée

Un vaste travail de conscientisation s’impose donc afin de tendre vers une gestion de la ressource aussi durable que possible. Le lecteur attentif aura bien compris que les intérêts divergents d’une filière très disparate ne sont pas de nature à faciliter la tâche. Raison pour laquelle l’OEWB entend jouer le rôle d’interface entre les sphères publiques et privées. Et Emmanuel Defays d’ajouter : « L’une des missions premières de l’OEWB consiste à optimiser l’approvisionnement des entreprises pour créer un maximum de valeur ajoutée à partir de la ressource. En concertation avec l’ensemble de la filière, l’Office a déjà élaboré 13 mesures phares en ce sens. Un bon début, mais au-delà de ces chantiers nous souhaiterions à présent développer la dimension internationale car il va de soi que les enjeux dépassent largement nos frontières. Pour vous donner une idée, le rayon d’approvisionnement du fabricant de papier Burgo Ardennes (Virton) est de l’ordre de 300 km, avec des pointes à 500 km. À un autre niveau, nous comptons également investir dans l’analyse prospective, mais les modèles actuels se révèlent relativement faibles et inefficaces ». Autant de démarches qui nous renforcent dans la conviction que la filière a de beaux jours devant elle.