Lauréat des  Belgian Timber Construction Award 2024, dans la catégorie Bâtiment Non Résidentiel, le projet RECYPARK conçu par le bureau d’architecture 51N4E transforme un centre de recyclage urbain en ayant recours, entre autres, abois de réemploi. Ce projet démontre comment une structure existante peut devenir le socle d’une nouvelle architecture en bois fonctionnelle, esthétique et ouverte au public. 

Photo illustrant le projet RecyPark - bureau architecture 5AN4E © Sepideh Farvardin

© Sepideh Farvardin

Repenser les Recyparks : un enjeu urbain

La fréquentation croissante des parcs à conteneurs en Région bruxelloise montre une véritable évolution sociétale : le recyclage devient une pratique partagée et valorisée. Les déchets des uns deviennent les ressources des autres, renforçant le rôle essentiel des Recyparks dans l’économie circulaire

Intégrer ces infrastructures au cœur des quartiers – plutôt que de les repousser à la périphérie – constitue un défi urbain majeur. Le projet RECYPARK s’inscrit dans ce contexte en prenant place le long du canal Bruxelles-Charleroi, un territoire en pleine transformation, au sud de l’ancien îlot industriel Birmingham devenu un quartier mixte et habité. 

L’enjeu est de combiner une fonction logistique lourde avec des usages publics attractifs. 

Créer un espace public à partir d’un centre de recyclage

L’ambition du projet va bien au-delà de la création d’un simple recyparc. 51N4E Bruxelles propose de : 

  • concentrer les fonctions du Recypark sur une seule partie de la parcelle,
  • libérer un grand espace public accessible aux habitants, 
  • activer cet espace grâce à un skatepark et une zone verte, 
  • renforcer le réseau d’espaces publics du quartier, 
  • rendre le Recypark plus attractif et mieux accepté.

Cette double dynamique – logistique et publique – prend forme sous une halle monumentale couvrant à la fois le centre de recyclage et le skatepark, créant une identité commune tout en respectant les contraintes d’usage indépendant et sécurisé de chaque programme. 

Le bois de réemploi : un geste architectural et environnemental

Une halle réemployée comme structure principale 

© Sepideh Farvardin - RecyPark 51N4E
© Sepideh Farvardin

Au cœur du projet se trouve la décision pionnière d’utiliser du bois de réemploi pour construire la toiture commune du site. Grâce à une étude menée avec Rotor, les architectes identifient une structure en bois lamellé-collé provenant d’un ancien manège équestre liégeois voué à la démolition. 

Ses caractéristiques : 

  • une succession de portiques de 26 mètres de portée, 
  • des arches singulières constituant une signature architecturale, 
  • une structure capable de couvrir un vaste espace continu. 

La halle est : 

  • rachetée sur pied
  • démontée soigneusement
  • stockée à Nivelles
  • adaptée
  • réinstallée à Anderlecht

Ce processus démontre toute la complexité du réemploi à l’échelle structurelle : transport, stockage, contrôle qualité, adaptation, renforcement… autant d’étapes exigeantes. 

Une interview avec 51N4E : comprendre RECYPARK du point de vue des architectes 

Afin de mieux comprendre les enjeux techniques, architecturaux et urbains du projet RECYPARK, Hout Info Bois a réalisé une interview exclusive avec deux membres du bureau d’architecture 51N4E Bruxelles : Freek Persyn et Yann Gueguen
Dans cet échange, ils reviennent sur : 

  • les motivations derrière l’utilisation du bois de réemploi
  • les défis liés au démontage, au stockage et à la reconstruction de la halle équestre, 
  • l’impact du réemploi structurel sur leur démarche architecturale, 
  • la manière dont une structure existante peut faire évoluer un projet public, 
  • et les enseignements tirés de cette expérience pionnière en architecture durable

Intégrer une structure récupérée : défis techniques et innovations 

Pour garantir la sécurité et la stabilité du futur bâtiment : 

  • les portiques récupérés sont soumis à des tests de résistance mécanique en laboratoire
  • certaines poutres sont renforcées à la base, 
  • des sections sont doublées pour supporter de nouvelles charges, 
  • l’ajout de panneaux solaires impose une révision structurelle, 
  • de nouveaux portiques en bois lamellé-collé complètent la structure dans les zones à grande portée. 

Cette démarche remet en question les pratiques habituelles de conception et d’appel d’offres pour un projet public. Il a fallu repenser entièrement les procédures, faisant du projet RECYPARK une jurisprudence pour de futurs projets de bâtiment non résidentiel bois basé sur le réemploi. 

Une architecture en bois qui associe technique et convivialité 

Le bois de réemploi ne se limite pas à la halle structurelle : c’est toute l’architecture en bois du projet qui donne une qualité d’usage exceptionnelle. 

Dans le bâtiment social : 

  • structure entièrement en bois 
  • parois intérieures (cloisons, plinthes, plafonds) 
  • mobilier fixe 
  • châssis et portes 
  • bardage en pignon 
  • isolation en laine de bois 
  • OSB pour contreventement et pare-vapeur 

Volume total de bois utilisé : 210 m³ 

Le résultat : un cadre chaleureux au cœur d’un environnement logistique, créant une atmosphère accueillante pour les professionnels du site et le public. 

Une nouvelle manière de concevoir : apprendre du bois réemployé 

Pour 51N4E Bruxelles, travailler avec des éléments récupérés implique une démarche radicalement différente : 

  • concevoir à partir de l’existant
  • analyser les pièces une par une, 
  • adapter l’architecture aux découvertes du chantier, 
  • accepter l’incertitude,
  • co-créer avec la structure réemployée. 

C’est un renversement total de la logique habituelle, où la géométrie est imposée par l’architecte. Ici, la structure « guide » la conception.